Accueil Environnement Conférence de Périco Légasse à Bressuire

Conférence de Périco Légasse à Bressuire

1
0
90
20180308_205158

Environ 700 personnes ont répondu à l’appel de l’Association « Sèvre Environnement »; les gradins de la grande salle de Bocapôle étaient complets. Nous avons fait le déplacement avec nos voisins, Jean-Louis et Catherine. Sur place nous étions dans la file d’attente avec Claude et Sylvette, collègues dont on a fait la connaissance au début des années 2000 à la Cité scolaire Genevoix-Signoret et dans le hall d’entrée nous avons salué Pierre Emmanuel, Thouarsais d’origine, ancien élève devenu directeur de Bocapôle après un parcours d’assistant parlementaire et fondateur de TIPER.

Accueillis par son président Jean-Claude BRILLANCEAU nous sommes invités à mettre notre obole dans les urnes mises à notre disposition à la sortie pour participer aux défraiements de cette conférence gratuite. Association et conférence soutenues par la Mutualité et le Biocoop de Bressuire. Etonné de ne pas voir, ni citation, ni logo de la Nouvelle Aquitaine qui, cependant subventionne ce type d’association !!

20180308_204430

Jean-Claude BRILLANCEAU a fait un rêve, celui de rencontrer un jour le Petit Prince de St EXUPERY. Eh bien ce jeudi soir 8 mars, il a filé cette belle métaphore pour introduire le conférencier. Celui-ci dit qu’il ne vient malheureusement pas de l’astéroïde b612 mais de la planète Terre… où malheureusement il venait d’apprendre au cours de son trajet en voiture, entre Paris et le Bocage, le suicide d’un agriculteur, un de plus !!
En France un agriculteur se suicide tous les deux jours dans l’indifférence générale ou presque. Ce phénomène de société est bien moins médiatisé que le drame qui se déroule à la Goutha en Syrie aux portes de Damas.

20180308_205035

Toute la première partie de sa conférence a été historique pour expliquer que notre agriculture est passée d’une période prospère au déclin.
La grandeur passée de la France coïncide avec celle de son agriculture. Pour conserver cette place mondiale DE GAULLE a fait appel à son ministre de l’agriculture Edgar PISANI. Bien après avoir arrêté toute activité politique celui-ci a reconnu que la façon dont la modernisation de l’agriculture avait été conduite a été une erreur….

20180308_205159

Pourquoi un tel déclin de l’agriculture ?
Explosion du nombre de grandes surfaces à la périphérie des villes, la loi Royer, ministre du commerce et de l’artisanat en 1973 réglementant l’installation des surfaces de plus de 1000 m² n’a jamais été appliquée. Pour abaisser les prix de vente aux consommateurs les producteurs n’ont eu d’autre choix que celui de sacrifier la qualité de leurs produits.
Les différentes crises agricoles ponctuent une régression inéluctable : l’Encéphalopathie Spongiforme Bovine (ESB) est mortelle et transmissible. Quelle idée de nourrir des bovins avec des farines animales !!! – L’affaire des lasagnes à la viande de cheval ont obligé les pouvoirs publics a imposer la traçabilité des produits – La peste porcine, la grippe aviaire sont autant d’avatars des élevages industriels – Le lait infantile infecté par des salmonelles chez Lactalis et dont les stocks ont malgré tout été écoulés… les œufs au Fipronil… toutes ces affaires ne sont pas de nature à rassurer les consommateurs – La crise du beurre l’année dernière a été montée de toute pièce : les importations néo-zélandaises ont été réorientées vers la Chine, nouvelle forte demande pendant que Lactalis faisait monter artificiellement les prix de son « Président » afin de récupérer pour les actionnaires les marges perdues par les concessions de quelques centimes faites aux producteurs de lait l’année précédente – La puissance des lobbies de l’agro-chimie n’est plus à démontrer…. (voir le prochain article consacré à Paul FRANCOIS, le céréalier qui a osé défier « MONSANTO » – 13h15 le samedi sur France 2 a été diffusé ce 10 mars)

Dans ce système aberrant il a montré qu’un producteur de porcs en est réduit à acheter en grandes surfaces sa viande d’origine allemande, toujours moins chère que celle qu’il aura produite…

Dans ce contexte on ne peut plus morose y a-t-il malgré tout de l’espoir ?
Comme dans son dernier livre « A table citoyens – lutter contre la malbouffe et sauver nos paysans » il nous a fait la démonstration de la puissance des consommateurs, si peu qu’une prise de conscience ait lieu et que les comportements d’achats évoluent. A raison de 3 repas par jour, tous les mois et 365 jours par an ce sont des millions de repas…. Seulement 20% d’entre eux pourraient inverser la tendance en modifiant la demande… Plutôt que de consommer de la mauvaise viande quotidiennement pourquoi ne pas en acheter que 2 fois, mais de la très bonne directement chez les producteurs ou du moins en circuits courts (Marchés – Magasins de producteurs – AMAP – Portes ouvertes à la ferme) !! ça paraît d’une telle évidence : cette proposition est faite de bon sens.

20180308_222331

Dans la dernière partie de la soirée la parole a été donnée à la salle pour qu’un dialogue s’instaure. Démarche démocratique courageuse sur un sujet de société aussi brûlant avec des prises de position tranchées et opposées dans le public. On a eu droit à Olivier, l’écologiste qui a profité de cette tribune offerte pour dénoncer à juste titre l’installation de 19 bassines en Sud Deux-Sèvres et Vienne, subventionnées par de l’argent public, pour produire artificiellement toujours plus de maïs, à la qualité non garantie. Alain CHABAUTY, président de la FDSEA 79, syndicaliste conservateur et pro-agriculture intensive, a ensuite pris la parole pour tenter d’expliquer les avancées, sur le foncier notamment. Il a fallu la stature de Périco LEGASSE et toute l’énergie dont il est capable pour répondre et tenir les débats. A vouloir faire de la médiation en souhaitant mettre tout le monde autour d’une table pour discuter et avancer, il prend le risque de mécontenter tout le monde.

A la question un tantinet agressive d’un écologiste il dit s’être par le passé toujours opposé aux prises de position de la FNSEA. Pour avancer il dit qu’il faut bien leur parler et mettre tout le monde autour d’une table. Il dit aussi qu’il a rendu compte de l’irrésistible ascension du « Bio ». En effet voir son article publié dans Marianne de Juillet 2016 (dans ce blog dans l’article « Ouverture d’un Biocoop à Thouars ») dans lequel il s’interroge sur le fait qu’à l’occasion de l’ouverture d’un magasin 100% Bio à Nice, Leclerc soit devenu n°1 de ce secteur en France : réelle conviction de la part de Leclerc ou opportunité pour conserver des parts de marché ? D’autre part il se réjouit que Christian ESTROSI, à l’instar de d’autres maires des Alpes Maritimes, préserve des terres sur la commune de Nice afin de pratiquer du jardinage aux techniques permaculturelles ou agro-forestières dans le but de fournir de la nourriture 100% bio aux restaurants scolaires, aux EPHAD et autres restaurants de collectivités.

Invité par un spectateur à prendre la tête d’un institut qui défendrait les vertus des bonnes pratiques et comportements, il a répondu qu’il n’était pas favorable à une Nième création, à la rigueur être un guide mais surtout ce sont les citoyens qui doivent s’en emparer.

Pour ma part je crois dans la possibilité d’évolution du système en orientant la demande. Ce sont surtout les arguments économiques, plus que les bons sentiments, aussi nobles soient-ils concernant la santé des consommateurs et la situation de la planète, qui vont poursuivre l’évolution. Toucher les agriculteurs au porte-feuille est un puissant levier… enfin s’ils ont l’intelligence de l’entendre et de se poser des questions.

La demande en « Bio » augmente de 20% par an… Evidemment les pouvoirs publics ont un rôle, de frein ou d’accélérateur, en orientant les subventions !!
J’y ajouterai l’information (l’exemple de cette soirée est à multiplier), la formation (les lycées agricoles et les programmes d’enseignement ont un rôle majeur) et l’éducation.

20180308_230525

20180308_230756

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Hubert ROUSSEAU
Charger d'autres écrits dans Environnement

Un commentaire

  1. Claude et Sylvette

    12 mars 2018 à 10 h 56 min

    Conférence enrichissante même si on était déjà acquis à ces réflexions.

    Conférencier plus agréable qu’à la télé : il faut dire que là il avait le temps de développer son propos sans être coupé par un contradicteur ou une pub ! Et il ne parlait pas que de gastronomie …

    Découverte d’un monde agricole encore violemment divisé, pas encore tout à fait prêt à l’union avec les consommateurs et la distribution. Survivre d’abord !

    Mais l’importance du public et sa prise de conscience des multiples problèmes à traiter est rassurante.

    Bref, une excellente soirée, avec quand même un optimisme modéré qui rejoint celui de Joël de Rosnay … Allez, tout n’est pas encore perdu !

    Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Championnats sportifs européens 2018

Les championnats sportifs européens 2018, première édition des championnats sportifs europ…