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Comment aider son enfant à se concentrer

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Article de France Lebreton paru dans La Croix du mardi 8 Janvier.

Dans un monde où l’on est sans cesse sollicité, les enfants ont parfois du mal à se concentrer. La famille est le premier lieu où cultiver leur attention pour favoriser leur concentration.

« Nous pas­sons des heures à faire les devoirs, à apprendre une leçon. Il ne se concentre pas. Je le laisse travailler mais quand je reviens, il fait autre chose. Je me fâche. Il n’écoute rien, il ne tient pas en place », se désespère Julia, maman d’un garçon de 11 ans. Et elle est loin d’être la seule. Beaucoup de parents se sentent concernés par le problème. Les professeurs, eux aussi, se plaignent du manque de concentration des élèves, y compris dans l’enseignement supérieur…

Chez les petits, beaucoup ont du mal à vivre le moment présent, constate Élisabeth Jouanne, enseignante en maternelle : « Certains enfants arrivent à l’école avec les angoisses de leurs parents. Au lieu d’être là, ici et maintenant, ils anticipent. Après les pleurs de la séparation, ils demandent s’ils vont rester à la cantine, au goûter, au centre de loisirs… Cette projection génère chez eux stress, agitation, manque d’attention et de concentration, qui sont sources de dispersion, voire de décrochage. »

L’une des premières causes de consultation

C’est pourquoi Élisabeth Jouanne, qui est aussi professeure de yoga, a mis au point des exercices spécifiques de yoga adaptés aux enfants (lire ci-dessous). Postures, étirements, respiration ventrale, automassage sont pratiqués sous forme de jeux, à différents moments de la journée. « Ces exercices physiques permettent aux élèves d’évacuer leur trop-plein d’énergie, d’aérer leur esprit. Ils sont ensuite prêts à entrer dans les apprentissages. Et surtout, ils y retrouvent du plaisir, de la curiosité, ce qui améliore leur concentration », témoigne l’enseignante, tout en se félicitant que certains d’entre eux reproduisent les mouvements à la maison.

Selon la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin, l’agitation de l’enfant, « ces difficultés d’attention et de concentration sont devenues en dix ans les premières causes de consultation en psychologie de l’enfant et de l’adolescent ». Dans certains cas extrêmes, on parle de troubles de déficit de l’attention (TDAH), avec ou sans hyperactivité. Ces troubles du comportement qui ont tendance à être surdiagnostiqués chez les plus jeunes sont remis en question par certains spécialistes (lire ci-dessous).

Les difficultés d’attention touchent aussi les parents

Lorsqu’elles concernent les enfants, les difficultés d’attention touchent le plus souvent aussi les parents. « Enfants, ados et adultes n’arrivent pas à se poser, à s’arrêter, à se centrer. Les sollicitations extérieures, de plus en plus nombreuses, dans la rue et sur les écrans, provoquent une surcharge de distractions qui épuise les capacités attentionnelles », constate la psychologue.

Le cocon familial est grignoté par l’hyperconnexion, le zapping, la pression du temps. Quel parent ne s’est jamais entendu répondre à son enfant : « Je n’ai pas le temps » ? Pas le temps de t’écouter, d’être là pour toi, d’entendre tes besoins ?

Le stress est le plus grand ennemi de l’attention

Toutefois, pour Jeanne Siaud-Facchin, le plus grand ennemi de l’attention, c’est le stress. « En saturant l’espace disponible dans le cerveau, il empêche d’apprendre. Celui qui se sent stressé ou anxieux manque de confiance en soi, craint de ne pas y arriver. » Au sein d’une famille, le phénomène peut être contagieux. « Il y a un effet de vases communicants entre parents et enfants : le stress s’entretient et fait boule de neige. D’où la nécessité d’apaiser l’enfant et son entourage. »

Il ne suffit pas de dire « concentre-toi » à son enfant pour qu’il y arrive. Il faut s’efforcer de créer un espace libre dans sa tête, un endroit calme en lui-même où il puisse se poser, « comme une île au milieu de la tempête ». On peut ainsi s’exercer avec lui à se centrer sur ses sensations. Par exemple, assis, les yeux fermés, les mains posées sur le bureau, on les serre fort pour ressentir la tension, la différence de température. On relâche, on ressent et on recommence deux ou trois fois.

Autre exercice : debout, les pieds bien enracinés, on se centre sur sa respiration par l’abdomen. « Plus on s’entraîne à être attentif, présent à soi-même, moins les distractions viennent empiéter sur son île, plus on arrive à mettre le stress à distance, à se calmer, à consolider ses capacités d’attention », assure Jeanne Siaud-Facchin, qui propose des exercices fondés sur la méditation de pleine conscience, à pratiquer en famille.

Piloter son mental en impliquant son corps

Ralentir, écouter ses sensations, se concentrer sur ce que l’on éprouve : c’est par le corps que l’on peut s’entraîner à être attentif. « Pour aider un enfant à trouver le chemin de la concentration, il faut le ramener à ses sens », abonde Florence Vertanessian. Pour cette sophrologue, la concentration, c’est l’art de piloter son mental en impliquant son corps.

Tendre l’oreille, regarder le paysage, sentir l’odeur d’un gâteau, toucher la feuille d’un arbre : en se connectant à son corps et au monde qui l’entoure, l’enfant porte son attention de plus en plus finement.

À table, les yeux fermés, l’inciter à se souvenir d’un moment agréable ou imaginer les prochaines vacances, c’est encore une façon de nourrir son attention. Savoir poser son esprit va rejaillir sur sa capacité à se concentrer sur un coloriage ou un exercice de maths.

Éduquer l’attention

Éduquer l’attention est donc la meilleure façon de préparer son enfant à la concentration. La famille est le tout premier lieu d’attention conjointe et collective qui aide l’enfant à se développer : jeux d’éveil, créatifs, activités effectuées régulièrement ensemble, comme réaliser une recette de cuisine, se promener en forêt, lire une histoire, et aussi, plus simplement, se réunir pour dîner autour de la table.

Or, selon Françoise Guillaume, spécialiste en pédagogies actives, ces moments d’attention ont diminué. Ne serait-ce que les repas, désormais plus individualisés, pris à heure variable, parfois sous forme de plateau télé.

Un « couvre-feu digital »

Les écrans, précisément, exercent une telle fascination sur les enfants que l’on parle, non pas d’attention, mais de « captation ». Quant aux adolescents, il est important de savoir les écouter. Et surtout, insiste cette spécialiste, « de se sentir légitime de leur poser un cadre, comme un temps limité d’écran ou le téléphone portable posé hors de la chambre, la nuit ». Le « couvre-feu digital » étant une mesure destinée à préserver la qualité de leur sommeil, nécessaire à leur capacité de concentration.

À l’âge où l’on aime surfer et zapper, il est parfois difficile d’engager son attention de manière approfondie. Françoise Guillaume propose de mobiliser les ados avec un objectif à court terme, comme, par exemple, fabriquer ou réparer un objet, seul ou à plusieurs. Les aider à résister à la distraction, c’est aussi une question d’imagination !

Les troubles de l’attention

Les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyper­activité (TDAH) sont caractérisés par une inattention, des difficultés à se concentrer, une impulsivité marquée et une agitation incessante.

On observe une hausse du nombre d’enfants diagnostiqués TDAH et une surprescription de médicaments comme la Ritaline. Des spécialistes s’en inquiètent comme le psychiatre Patrick Landman, qui propose des solutions pour démédicaliser ces troubles (1).

L’attention des enfants varie en fonction de l’âge, de l’activité et de l’environnement. Pour
un enfant de 5-6 ans, la durée d’attention moyenne est de 15 à 20 minutes. À 7-8 ans, entre
20 et 30 minutes. À 9-10 ans, de 25 à 35 minutes. À 11-12 ans, de 30 à 40 minutes.

Pour les adultes

Éduquer l’attention, de Françoise Guillaume, ESF Sciences humaines, 2018, 14 €. Un ouvrage très accessible qui pose bien les enjeux du déficit de l’attention et invite chacun à se mobiliser pour la protéger.

Pour s’exercer en famille

Tout est là, juste là. Méditation de pleine conscience pour enfants et ados (avec CD), de Jeanne Siaud-Facchin, Odile Jacob, 2014, 25,90 €.

100 % yoga des petits, d’Élisabeth Jouanne, Bayard éditions, 2015, 16,90 €. Enchaînements, exercices de postures, d’automassages, de relaxations adaptés aux enfants.

Pomme d’Api, mensuel édité par Bayard pour les 3 à 7 ans. Avec, dans chaque numéro, la rubrique « Ta pause yoga », 5,95 €.

Je booste ma concentration, de Florence Vertanessian. Pour ados et adultes, Jouvence, 9,90 €.

Pour les enseignants

Le Yoga des petits, Bayard éducation, mallette pédagogique pour les cycles 1 et 2. Yoga adapté pour les petits en 16 postures reliées au monde animal ou végétal. Ces exercices ludiques leur apportent détente, concentration et plaisir d’apprendre.

Atole (Attentif à l’école), programme d’entraînement de l’attention ayant vocation à être diffusé dans tous les établissements scolaires. On peut en avoir un aperçu dans le documentaire, Le Cerveau à l’heure de l’hyperconnexion (disponible sur YouTube).

Et aussi

12 outils pour capter l’attention des enfants. À l’usage des enseignants et des parents, de Marie Poulhalec, Jouvence, 4,95 €.

France Lebreton

(1) Lire son article « La fausse épidémie de TDAH », revue Études , novembre 2018.

Lire aussi : Grâce au yoga, des enfants bien dans leur corps

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