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Hommage à Peter FONDA : Sur la route de l’éternité !

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Il est de ces coïncidences, particulièrement significatives sur le plan symbolique, qui ne trompent pas : Peter Fonda, principal acteur et coscénariste (avec Dennis Hopper) de ce film culte, véritable hymne à la liberté, qu’est « Easy Rider », sorti en 1969, vient de nous quitter à l’âge de 79 ans, emporté par un cancer du poumon ce 16 août 2019, au moment même où, singulièrement, l’on commémorait le 50ème anniversaire, jour pour jour, de cet autre événement de la contre-culture américaine, dans les jouissives sixties, que fut le mythique festival de Woodstock !

1969, ANNEE EROTIQUE

Je me souviens : je n’avais que douze ans seulement lorsque je découvris, en cette « année érotique » (pour reprendre ici le fameux refrain de cet autre couple de légende que constituèrent alors le sulfureux Serge Gainsbourg et la sensuelle Jane Birkin) que fut 1969, « Easy Rider » : « Born To Be Wild » (« Nés pour être Sauvages »), chantait alors, pendant que Peter Fonda et Dennis Hopper sillonnaient sur leur clinquante Harley Davidson les vastes espaces vides du désert californien, le groupe de rock américain Steppenwolf, originaire (comme Peter Fonda lui-même) de Los Angeles, la « Cité des Anges », mais dont le nom, surtout, était littéralement inspiré là d’un non moins célèbre roman de Hermann Hesse, « Le Loup des Steppes », manifeste poético-littéraire, lui aussi, de la pensée libertaire en sa plus noble expression. De ce fabuleux « Born To Be Wild », historique générique d’ « Easy Rider », voici le clip vidéo :

https://youtu.be/egMWlD3fLJ8?t=152

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Un an avant cet érotique 1969, au temps du très révolutionnaire mai 68, scandait déjà de manière insolente, cheveux au vent, revêtue d’une courte jupe de cuir noir et chaussée de martiales mais aguichantes cuissardes, l’alors très provocante, pour les mœurs de l’époque, Brigitte Bardot, qui ne fut jamais aussi séduisante et sexy !

« MAKE LOVE, NOT WAR »

1969, une époque, effectivement, d’extraordinaire liberté, comme notre société ne l’avait encore jamais connue, pour cette magnifique génération de « hippies » alors en quête de seule paix au moment même où, paradoxalement (mais le paradoxe n’est là qu’apparent), les armes faisaient au contraire rage lors de la maudite Guerre du Vietnam : « Make Love, Not war » (« Faites l’Amour, pas la Guerre »), disait alors, à ce propos, un slogan, souvent assorti du « V » de la victoire, qui fit date dans les annales du pacifisme. Deux des plus grands apôtres de la paix, en ces années-là, payèrent d’ailleurs de leur vie pour s’être publiquement levés, la voix haute et claire mais le cœur aussi humble que généreux, contre cette horrible guerre du capitalisme naissant : le révérend Martin Luther King, prix Nobel de la paix en 1964, et le sénateur Robert Kennedy, devenu Ministre de la Justice après que son frère, John Fitzgerald Kennedy, fut lâchement assassiné, six ans auparavant (en 1963), lors d’un périlleux déplacement dans la ville de Dallas, au Texas.

« ON THE ROAD AGAIN »

C’est, par-delà ces tragédies humaines, de cette époque parfois bénie des dieux, où le génial Jimi Hendrix faisait hurler de plaisir sa guitare électrique dans le ciel orageux de Woodstock avec son intrépide interprétation du « Star Spangled Banner », hymne officiel américain, que le regretté Peter Fonda, précisément, fut une des plus remarquables icônes.

Le scénario de son mythique « Easy Rider », le meilleur « road movie » de l’histoire du cinéma américain, il avait été le puiser, du reste, dans un autre livre de légende, publié douze ans auparavant, en 1957, mais qui passera bien vite, lui aussi, à la postérité littéraire et artistique : « On the Road » (« Sur la Route »), de Jack Kerouac, magnifique prince halluciné, aux côtés de ses complices William Burroughs et Allen Ginsberg, de la « Beat Generation ». Et, onze ans après, en ce révolutionnaire et très contestataire 1968 là encore, un autre important groupe de blues-rock américain, Canned Heat, originaire également de la « Cité des Anges », de lui répondre, comme en un écho divinement prolongé sur les ondes de nos radios occidentales comme sur les sillons de nos vinyles vintage, « On The Road Again » !

De ce lancinant, obsessionnel et mélodique à la fois « On The Road Again », voici, là aussi, le clip-vidéo :

https://youtu.be/qRKNw477onU?t=10

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UN CHANT DE LIBERTE

Ah, ce cher Peter Fonda, comme il était charmant, sinon charismatique, avec sa belle et même rebelle gueule de star hollywoodienne, digne fils d’Henry Fonda et jeune frère de Jane Fonda, indéfiniment paré de son air romantique et nonchalant à la fois (« Keep Cool, Man ! ») : un Lord Byron des temps modernes, chevauchant ainsi, à dos d’Harley Davidson, dans le bruit et la fureur de son métal luisant, les chemins d’une infinie et ô combien précieuse, inestimable liberté !

Ainsi, très cher Ami, comme je regrette aujourd’hui, en ce laid temps de fausse liberté, d’hypocrite bien-pensance et de dictature larvée, de fascisme qui ne dit pas son nom et où l’audacieuse mais saine réflexion critique se perd dans les obscures coulisses du conformisme ambiant, cette époque solaire, intelligemment transgressive par-delà son désir d’authenticité, où, alors que je sortais à peine des peurs de l’enfance pour entrer dans les rêves de l’adolescence, tu m’enseignas sans le savoir, aux côtés de Bob Dylan et de Joan Baez, de Janis Joplin et de Leonard Cohen, des Stones et des Doors de Jim Morrison avec leur psychédélique « Riders On The Storm » (https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=lS-af9Q-zvQ), les courageux et pourtant bienveillants chemins de la vraie liberté, sans lesquels il n’est point, à court terme, de démocratie qui vaille, ni d’humanité, à long terme, qui ne survive !

HUMAIN, TROP HUMAIN !

Car, oui, ton « Easy Rider » fut aussi, pour ta glorieuse génération, un immense et superbe chant d’humanisme, fût-il parfois teinté, en effet, d’indicibles drames, individuels ou sociétaux : « Humain, trop humain », aurait dit, pour paraphraser ici l’intitulé de l’un de ses meilleurs ouvrages, le grand Nietzsche !

Mais, cher Peter, il est temps maintenant, après ce modeste mais sincère hommage, que je te laisse à présent repartir, sur ton idéale moto, vers les célestes et, je l’espère pour toi, paradisiaques routes de l’éternité : On the Road to Eternity, my dear friend !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Philosophe, auteur notamment de « Philosophie du dandysme – Une esthétique de l’âme et du corps » et « Le dandysme, dernier éclat d’héroïsme » (Presses Universitaires de France), « Le Dandysme – La création de soi » et « Manifeste Dandy » (François Bourin Editeur), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (Gallimard – Folio Biographies), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur), « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’Ange incarné » (Editions Erick Bonnier). A paraître : « Raphaël, la Grâce de l’Art ».

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