À Thouars, ces lieux ont changé d’aspect et de destination au point que l’on oublie leur étonnant passé. Premier épisode de notre série : l’actuelle supérette de la place Lavault, autrefois L’Excelsior, le grand « dancing » du Thouarsais.
Il y a des noms qui résonnent pour toute une génération de Thouarsais… qui auraient bien du mal aujourd’hui à bouger les hanches comme autrefois ! L’Excelsior… Les plus jeunes ne se doutent pas que le bâtiment, qui abrite aujourd’hui la supérette de la place Lavault, était autrefois le dancing le plus couru du Thouarsais. Si la froideur des rayons a remplacé la frénésie des danses, les souvenirs de ceux qui l’ont connu restent vifs.
« C’était le grand rendez-vous de la jeunesse »
« À cette époque, il n’y avait pas de boîte de nuit. Pour les jeunes, il n’y avait que cet endroit-là, il n’y avait rien d’autre. C’était le grand rendez-vous de la jeunesse », se souvient Serge Blanchard, mémoire thouarsaise et, surtout, musicien qui a beaucoup joué à L’Excelsior.
C’est en 1933 qu’Édouard Gélineau transforme ce garage en un dancing de 600 m². Sous l’occupation allemande et jusqu’en juin 1945, L’Excelsior est fermé. Marc Gélineau, le fils, relance le dancing après guerre, avant qu’il ne soit repris par Roger Caillon et ses filles. Ce dernier va refaire la devanture et aménager, au-dessus du café, un logement en 1953 (que l’on voit toujours aujourd’hui).
« Beaucoup de couples se sont formés à cette époque »
L’Excelsior était ouvert chaque fin de semaine. La salle se compose alors d’un bar, de la piste de danse et d’une estrade où jouaient les groupes de musique. Des tables étaient disposées tout autour de la salle. On danse le tango, la valse ou encore le bal musette. Groupées d’un côté de la salle, les filles attendent qu’un garçon les invite à danser. C’est à l’homme d’inviter la fille à danser. Tanpis pour les garçons les plus timides ! « Dans la vie thouarsaise, beaucoup de couples se sont formés à cette époque-là », souligne Serge Blanchard.
On y organise des soirées élection de la plus jolie fille, la reine de la soirée, « qu’on appelait la Madelon. » Ce » fut le cas de la toujours pimpante Josette Blanchard. « À cette époque, il y avait aussi la reine des bouchers, la reine des coiffeurs… On élisait à l’applaudimètre. »
Les mamans surveillent leur progéniture
Mais, attention les filles. En ces années-là, avant 20 ans, « on venait avec nos mères », raconte Josette. À droite de l’entrée se trouvait un escalier pour accéder au balcon. De cet accès gratuit, les mères s’installaient pour surveiller de près les bonnes mœurs de leur progéniture… « Il y en avait bien qui trichaient », sourit-elle. Les grands frères étaient aussi là pour veiller au grain.
Pour enflammer la piste de danse, chaque soirée est animée par un orchestre. « Les Excelsior boys, dont j’ai fait partie, étaient dirigés par Michel Guillot. C’était un grand musicien », souligne Serge Blanchard. L’Excelsior aura vu dans ses murs quelques vedettes, venues boire un verre, telles que Dalida et Tino Rossi. « On a aussi fait venir de grands orchestres, comme celui de Bill Coleman », se souvient le passionné de jazz.
« Les bagarres se terminaient place Lavault »
Côté boisson, les sodas étaient fabriqués chez les limonadiers thouarsais, comme Émile Diacre, le créateur du Duhomard. « Les jeunes n’avaient pas d’argent comme aujourd’hui, mais un blanc limé, ce n’était pas trop cher », se souvient Josette.
« Quand les gars avaient un coup dans le nez, ça pouvait vite partir en bagarre. Les bagarres se terminaient sur la place Lavault », sourit Serge Blanchard. « L’Excelsior a été le témoin de beaucoup de turbulences de la jeunesse. »
En 1965, Roger Caillon cède sa propriété à la Coopérative régionale des Charentes et du Poitou, qui transforme le dancing en supérette, usage toujours d’actualité près de soixante ans après.










